• 28.07.2021

    Le principe d’identification en psychanalyse, pour faciliter l’accompagnement en hypnothérapie

    Le principe d’identification dans notre travail d’hypnothérapeute est très présent dans la souffrance de nos accompagnés.

    Je vous propose d’articuler cette réflexion en 4 points :

    1 - Le complexe d’œdipe est fondamental dans la nature de l’identification et la construction de la psyché chez le jeune enfant 
    2 - L’identification, le rêve et l’hystérie 
    3 - Identification et narcissisme, le Moi
    4 - Conclusion 

     

    Définition de l'identification : "processus psychologique par lequel un sujet assimile un aspect, une propriété, un attribut de l'autre, et se transforme totalement ou partiellement sur le modèle de celui-ci. La personnalité se constitue et se différencie par une série d’identifications."

    Préambule 

    Freud introduit la notion d’identification lorsque, à la faveur de son auto-analyse, il découvre en lui une pluralité de personnes psychiques. Il s’agit aussi d’un mécanisme de défense essentiel à la construction psychique de l’individu. Ce processus apparaît dans les tous premiers temps de l’existence, on le dit alors « processus d’identification primaire », parce qu'à ce stade, l’enfant ne se distingue pas encore d’avec sa mère.

    La question se pose : quels sont les paramètres à travers lesquels, dans le champ de la psychanalyse, peut apparaître et s'évaluer une telle transformation du sujet ? Pourrait-il s’agir de transformation de comportements, de postures, etc., ?

    Autrement dit cette transformation que réalise l'identification ne se concevra que replacée dans le cadre du système de transformation des pulsions. S’identifier à un modèle n’est pas à priori qu’ une modalité défensive, puisque cela permet à la fois de « copier » toute attitude de façon consciente et inconsciente.

    En tant qu’activité inconsciente, l’identification n’est pas une simple imitation, mais devient un mécanisme mental, comprenant alors une finalité défensive, qui se représente sous la forme d’un travail psychique destiné à réaliser (c’est un fantasme) le but d’être l’autre. Cela pourrait aider le sujet à lutter contre l’angoisse due à la perte d’un objet (très souvent une personne) ou pour s’assurer une emprise sur le monde extérieur. On parle alors bien de défense, qui plus est, se réalisant de manière inconsciente

    Ces acceptations vont coexister séparément du conscient à l’inconscient 
    1.    Action d'identifier, c'est-à-dire de reconnaître pour identique ;
    2.    Acte par lequel un individu devient identique à un autre, ou par lequel deux êtres deviennent identiques

    Ces deux acceptions, se retrouvent chez Freud : « Il décrit comme caractéristique du travail du rêve le procédé qui traduit la relation de similitude, le "tout comme si" par une substitution d'une image à une autre, ou identification.  L'identification est un procédé actif qui remplace une identité partielle ou une ressemblance latente par une identité totale ; mais c'est avant tout au sens de « s'identifier » - que renvoie le terme en psychanalyse 

    1 - Premier stade : identification et stade œdipien 

    Le complexe d’œdipe est fondamental dans la nature de l’identification et la construction de la psyché chez le jeune enfant 

    Le mot "complexe" vient du latin et signifie originellement "composé de divers éléments hétérogènes". Employé par Breuer dans les "Études sur l'Hystérie", il acquiert, par assimilation au terme allemand "complexe", le sens de "ce qui est compliqué".
     
    L'histoire du complexe d'Œdipe est associée à la théorie freudienne ainsi qu'à l'histoire de la psychanalyse dans son ensemble. En ce qui concerne le développement d'un enfant, la psychanalyse identifie trois étapes fondamentales : le Stade Oral, le Stade Anal et le Stade Phallique. C'est lors du Stade Phallique que survient chez le garçon le complexe d'Œdipe (complexe d'Électre chez la fille). Le complexe d'Œdipe est un ensemble organisé (et structurant) de désirs amoureux et hostiles que l'enfant éprouve à l'égard de ses parents. Sous sa forme dite positive, le complexe se présente comme dans l'histoire d’Œdipe : désir de la mort de ce rival qu'est le personnage du même sexe et désir sexuel pour le personnage du sexe opposé. Sous sa forme négative, il se présente à l’inverse : amour pour le parent du même sexe et haine et jalousie envers le parent de sexe opposé.
     
    En fait ces deux formes se retrouvent à des degrés divers dans la forme dite complète du complexe d'Œdipe. Freud situe le complexe d'Œdipe dans la période entre trois et cinq ans. Il joue un rôle fondamental dans la structuration de la personnalité et dans l'orientation du désir humain. Très tôt Freud pose les bases théoriques du complexe d'Œdipe comme étant le désir pour le parent de l'autre sexe et l'hostilité pour le parent du même sexe. Il le nomme d'abord "complexe nucléaire" puis "complexe paternel". En 1910, dans un texte intitulé : "contribution à la psychologie de la vie amoureuse", le terme "complexe d'Œdipe" est utilisé par Freud : "j'ai trouvé en moi comme partout ailleurs, des sentiments d'amour envers ma mère et de jalousie envers mon père, sentiments qui sont je pense, communs à tous les jeunes enfants".

    Stade phallique
     
    Jusque-là le père était vécu comme une mère auxiliaire. L’enfant va découvrir que le père a en fait une fonction bien particulière. Il apparaît menaçant, car inconnu, représentant une menace potentielle. L’enfant se rapproche de la mère. Il vient de se rendre compte que le père intéresse beaucoup la mère, et quelquefois malgré ses revendications d’enfant. Cela entraîne une attitude de colère et d’admiration pour ce personnage qui accapare la mère. L’enfant vient de juxtaposer la fonction parentale du père vis à vis de lui, avec la fonction d’amant vis à vis de la mère. C’est un partage difficile que celui qui lui est demandé. L’enfant se trouve plongé dans sa première solitude d’humain. Il se replie vers lui-même.
     
    Le petit garçon désire sa mère, et l'identification à son père lui permet de conserver son attachement à sa mère. L'identification collabore ainsi avec l'investissement ; plutôt que répressive, elle aménage la fonction sexuelle en la rendant différente.

    2- L’identification, le rêve et l’hystérie 

    C'est à propos de l'analyse d'un rêve que Freud aborde, dans "La science des rêves", le problème de l'identification hystérique. Voici ce rêve célèbre « de la belle bouchère » que sa patiente apporte à Freud en lui soulignant qu'il est le contraire d'un désir réalisé : « Je veux donner un dîner, mais je n'ai pour toutes provisions qu'un peu de saumon fumé. Je voudrais aller faire des achats, mais je me rappelle que c'est dimanche après-midi et que toutes les boutiques sont fermées. Je veux téléphoner à quelques fournisseurs, mais le téléphone est détraqué. Je dois donc renoncer au désir de donner un dîner. » Dans un premier temps, Freud, à partir des associations, va proposer à sa patiente une interprétation qui lui montre qu'en dépit des apparences, son rêve est bien la réalisation d'un désir. Il accomplit un vœu : celui de ne pas contribuer, par un bon dîner, à rendre plus belle et donc plus attirante pour son mari son amie un peu maigre. Ce n'est que dans un deuxième temps que Freud propose une autre interprétation, plus subtile, « qui ne contredit pas la précédente, car elles se recouvrent l'une l'autre, illustrant ainsi le double sens habituel au rêve comme aux autres structures psychopathologiques ». Cette interprétation est la suivante : en mettant en scène, dans son rêve, le non-accomplissement d'un de ses désirs, la patiente accomplit, par le biais de l'identification, son désir que le désir de son amie soit insatisfait. Elle souhaite, en effet, que le désir d'engraisser de son amie ne soit pas accompli. Ainsi le rêve n'accomplit-il pas seulement le désir de ne pas donner un dîner mais aussi le désir d'un désir insatisfait. Notons ici, une première fois, que Freud n'entend valider cette seconde interprétation du rêve que par une circonstance accessoire qui la rend cependant nécessaire : c'est l'existence d'un symptôme dans la vie réelle. 

    L’identification ne concerne pas le symptôme isolé dans le conscient, la représentation commune est inconsciente, « L'identification n'est donc pas simple imitation, mais appropriation fondée sur la prétention à une étiologie commune ; elle exprime un "tout comme si" et se rapporte à un élément commun qui reste dans l'inconscient » 
    Processus narcissique. À son niveau, aucune différence n'est à faire entre identifier et s'identifier : la présence ou non de la personne du rêveur dans son rêve ne revêt aucune valeur particulière ; le Moi peut être caché derrière une personne grâce à l'identification, aussi bien qu'une autre personne derrière le Moi. À la limite, et de toute façon, c'est la personne même du rêveur qui apparaît dans chacun des rêves, sans aucune exception, car le rêve est absolument égoïste (c'est-à-dire narcissique).

     

     3 - Identification et narcissisme, le Moi

    Les textes principaux qui ont pu me permettre d'étudier les rapports de l'identification et du narcissisme sont l’ « Introduction au narcissisme », « Deuil et mélancolie », « Psychologie collective et analyse du Moi », et « Le Moi et le Ça ». La théorie de l'identification s'y poursuit parallèlement à celles du Moi et de la deuxième topique.

    L’identification participant à la construction du Moi : 
    Dès lors que le Moi n'est qu'une petite partie du psychisme qui tente de se rendre semblable à l'objet pour dire au Ça « aimez-moi comme lui », l'important n'est plus que de distinguer la quête de l'identité de perception qui reste l'objectif du Ça, et l'identité de pensée, moyen de contrôle du Moi.

    L'identification se décrit d'abord comme « prolongement » d'une activité pulsionnelle orale, d'incorporation cannibalique, dont l'équivalent psychique est l'introjection. La manière dont Freud conçoit ce « prolongement » amené le sujet à la perception nécessaire du fantasme. C’est par le recours à la sublimation que la défense du moi se met en place dans ce principe d’évitement de l’obsession, l’identification est alors partielle 

    Identification et rôle :
    Winnicott écrit que l’analyste se doit d’être à la place de la mère pendant la cure. « L’analyste est dans une situation comparable à celle de la mère d’un enfant à naître ou d’un nouveau-né », écrit-il dans La Haine dans le contre-transfert.
     L'identification peut coexister avec l'investissement de l'objet ; le Moi peut donc utiliser l'identification pour maintenir un rôle.
    Freud, sans équivoque, pose le principe de primarité en termes chronologiques : « l’être humain a deux objets sexuels originaires : lui-même et la femme qui lui donne les soins ; en cela nous présuppose le narcissisme primaire de tout être humain 

    L’identification primaire apparaît donc bien comme l’action psychique qui s’ajoute à l’auto-érotisme, accomplissement primaire du fantasme sexuel infantile, pour donner naissance au narcissisme. À une problématique de l’avoir, modèle de l’introjection et du premier stade de la sexualité infantile, s’ajoute une problématique de l’être. 

    Cette polarité va subsister tout au long de la vie. Elle laisse des traces permanentes dans le développement psychique. Le narcissisme primaire se définit donc par son autonomie vis-à-vis de l’amour d’objet. À l’origine, l’attachement, va, au niveau subjectif, donner naissance à deux modes de relation à l’autre : le pôle narcissique de la fusion imaginaire, l’identification primaire, et le pôle objectal de la recherche de l’objet, l’étayage de la sexualité infantile. Et cette primarité va laisser des traces permanentes qui permettront aux identifications secondaires de produire les formes du narcissisme secondaire, secondaire au choix objectal d’amour dont il constitue l’intériorisation.

    Il est clair que, dans « Pour introduire le narcissisme », toute l’argumentation clinique porte sur le narcissisme secondaire. Déjà, dans « Léonard », Freud écrivait : « Le garçon refoule son amour pour sa mère, il se met à sa place, s’identifie avec elle et prend sa propre personne comme modèle en choisissant les nouveaux objets de son amour par similitude. » Deux idées à la fois, le choix narcissique comme effet de refoulement et de substitution, l’identification comme effet clinique. Et l’identification secondaire est bien là présente : « L’identification (identification secondaire) va dans le sens d’une désexualisation accomplissant la transformation de la libido d’objet en libido narcissique pour sauver l’intégrité narcissique menacée par l’angoisse de castration ».

    Dans l’identification hystérique, le sujet s’identifie inconsciemment à une image (ou fonction) d’autrui qui représente l’objet de son désir ou celui avec qui il partage le même désir. Dans l’identification narcissique, le sujet intériorise en lui une figure de l’autre, à commencer par l’objet perdu (Freud, 1914) Dans tous les cas, l’identification secondaire est une forme de mise en acte d’Éros, c’est-à-dire d’un fantasme sexuel. Entrer dans l’autre ou mettre l’autre en soi sont deux figures, deux mises en acte de la relation d’objet, une sorte de jeu de rôle. Les deux formes d’identification secondaire sont donc au service du narcissisme et non sa source. Telle est la différence radicale avec l’identification primaire. Le narcissisme secondaire résulte d’un choix d’objet intériorisé. En ce sens, l’identification hystérique lui échappe, du moins en apparence. D’où le terme d’identification narcissique pour l’intériorisation de l’objet d’amour. Les mécanismes d’introjection et de projection contribuent à cette intériorisation comme, de manière plus générale, les mécanismes relevant de l’identification projective
    Dans la version d’Ovide de la fable, nous voyons Narcisse s’effondrer quand il découvre que l’objet de son amour n’est que le reflet de lui-même. C’est la perte de l’autre qui le fait dépérir. S’il avait été le jouet du narcissisme primaire, il n’aurait eu cure de l’autre et se serait senti rassuré de voir sa propre image. Il a rêvé d’un autre fait à son image. S’il l’avait trouvé, son triomphe hystérique eût été assuré. L’identification secondaire ne lui offre qu’un leurre et le condamne à la misère dépressive.

    4 - Conclusion 

    Inséparable de la constitution psychique, le principe d’identification prend une grande place dans l’œuvre de Freud. Elle est même le corolaire du passage œdipien. Bien qu’elle soit à l’origine de la formation de la personnalité ,elle continue d’être constituante tout le long de la vie du sujet. L’identification peut être hystérique (le facteur traumatique déterminant des névroses dépend tantôt d’un vécu réel, tantôt d’un fantasme de nature sexuel) ou narcissique (introjection de l’objet pour ne pas le perdre et indifférenciation du moi et du ça) Ce mécanisme de défense se spécifie de deux manières :  c'est une action qui est portée par un désir d'assimilation et qui opère dans un mouvement objectal, c'est-à-dire tourné vers l'extérieur. Ainsi, la notion d'identification fait jouer deux principes apparemment contradictoires et pourtant complémentaires pour la logique de l'inconscient : "celui de l'équivalence (le même) et celui de la distinction (l'autre). C'est à la fois le semblable et le différent, le sujet et l'objet, l'unicité et la pluralité, que le processus d'identification met en œuvre à des fins de protection et d'enrichissement du moi. Ainsi, les "fantasmes inconscients d'identification" représentent une part essentielle de la construction du moi en relation à l'autre. Le principe d’identification est un élément naturel et inévitable qui invite donc à la vigilance, celle de ne pas sombrer dans la quête obsessionnelle de devenir l’objet identifier mettant à bas la construction initiale de la psyché. Le monde contemporain est un piège permanent à identification. La pluralité des médias diffuseurs, multiplie les possibilités d’identifications, proposant l’exclusion sociale du sujet s’il ne collabore pas à l’idée ambiante dominante. Le principe d’identification ne dévient donc plus constituant mais destituant et psychotique. C’est donc vers une vigilance accrue que le psychanalyse nous invite à nous diriger pour demeurer un éventuel rempart à la disparition annoncé du Moi dans sa construction équilibrée.